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Quand on aime, on… compte très bien : deux ouvrages récents mettent chacun une centaines de grands sujets en orbite !

L’EPFL, pépinière de talents fort divers, ajoute une corde à son arc et empiète sur les prérogatives de l’alma mater : Dimitri Caudrelier, un jeune ingénieur français formé à Lausanne, fait paraître aux Éditions Lattès 100 pionniers pour la planète, un essai volontairement optimiste sur les solutions viables aux grands défis environnementaux.
Concepteurs de Shake Your Planet [« Secoue ta planète »], une expédition de dix mois aux quatre coins du monde, Caudrelier et son complice Matthieu Roynette ont traqué la matérialisation de ce qu’ils soupçonnaient : oui des solutions existent, oui elles sont praticables et pratiquées, oui elles sont efficaces et rentables ! Des vélos de livraison électriques parisiens aux « algues-carburant » ou aux étangs de dépollution chinois, en passant par la végétalisation de Silicon Valley et les stations d’échange de batterie pour voitures en Israël, ils sont allés à la rencontre de projets et d’innovations, mais aussi de femmes et d’hommes qui y croient, les réalisent et les font vivre. L’enthousiasme encore juvénile des deux auteurs [un demi-siècle à eux deux], joint au scepticisme scientifique insufflé par leurs études, donne à la sélection des expériences présentées un indéniable pouvoir de persuasion quant à l’« économie positive ». Pas des hippies en quête d’un combustible à base de crottes de biquettes, donc, mais des chercheurs qui pensent que l’une des forces régénératives de notre bonne vielle Terre est de produire des esprits ouverts et inventifs capables de mettre en œuvre les moyens de la « réparer » ! Chaque mise en application, qu’elle touche le bâtiment, les transports, l’énergie ou le traitement des déchets, est expliquée dans son fonctionnement comme dans ses objectifs, et ses résultats économiques passés au crible : conscients que la richesse humaine de leur expédition pouvait avoir légèrement influencé la sévérité de leurs critères, Dimitri Caudrelier et Matthieu Roynette se sont d’ailleurs assuré la collaboration de l’agence BeCitizen qui, forte de son expérience, complète chaque dossier sous l’angle des évolutions comme des limites, et met en parallèle d’autres solutions allant dans le même sens.
Même centaine, autre aventure. L’édition en Suisse, bien que dynamique, n’est pas réputée pour ses esclandres : si les dessinateurs de presse la pimentent régulièrement de leurs irrévérences, la profession elle-même est d’une grande pondération, et donne à lire plus qu’elle ne prête à rire... C’est donc avec un sourire bienvenu que l’on peut accueillir Mes 100 Suisses exceptionnels ! de Claude Girardet ! Sa cause première tient au projet même : ce vieux Lausannois touche-à-tout a en effet réussi à réaliser un rêve, publier sous couverture toilée rouge et blanche un annuaire de personnalités helvétiques. Apparemment ni historien, ni enseignant, ni journaliste, l’auteur a basé son choix et ses présentations naïvement admiratives sur ses « coups de cœur », aussi les grands noms attendus, Guillaume Tell, Ramuz, Pestalozzi ou le professeur Piccard, y voisinent-ils avec Éric Burgener, Henri Dès ou le vétérinaire de la SPA vaudoise ! La politique n’a pas été oubliée, du major Davel au préfet honoraire de Morges en passant par Micheline Calmy-Rey. C’est même là que ça se corse !
L’auteur, qui connaît les usages, lui a en effet dédicacé un exemplaire, la priant par la même occasion de bien vouloir lui faire un peu de publicité. Avec une grande amabilité, comme le prouve le fédéral courrier qui accompagne la promotion du livre, l’ex-Première Dame de la Confédération l’a remercié de son envoi et surtout du « temps consacré à la rédaction de cet important ouvrage », précisant que la publication « a bien été envoyée à tous les chefs de poste et de mission des représentations suisses ». Également celle du Guatemala, on l’espère : c’est là que Claude Girardet, ainsi qu’il l’explique avec bonne grâce dans sa notice autobiographique, était en cavale de 2001 à 2006, fuyant une condamnation à trois ans de réclusion pour, selon son expression, « des actes partagés avec des mineures » [sic]. Pincé par Interpol et extradé, c’est donc au pénitencier de la plaine de l’Orbe qu’il a trouvé simultanément une cellule calme, un ordinateur portable et le « temps à consacrer à la rédaction » ! Cette explication, présentée avec le plus grand naturel par l’auteur [nullement aigri par l’expérience carcérale !], ne figure, en toute modestie, que dans les dernières pages de l’« important ouvrage ». Que la bienveillante Conseillère Fédérale, donc, n’avait peut-être pas lu jusqu’au bout… I