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Je n’aurai pas l’impolitesse de dire qu’il nous a redonné le goût de lire, vous n’apprécieriez pas. Mais son roman, Les bienveillantes, chef-d’oeuvre pour les uns, pensum indigeste pour les autres, a eu le mérite de nous redonner le goût de débattre des livres.
Même si c’est pour débattre de questions aussi idiotes que du droit qu’aurait la fiction de s’emparer de la vie réelle, et donc de l’histoire, ce qu’elle fait depuis toujours sans en demander la permission à quiconque, l’occasion a été belle de démontrer qu’un livre peut être autre chose qu’un objet divertissant que l’on emporte à la plage.
Merci Jonathan et, tous, ouvrez les yeux. Où est le Littell de ce printemps? Pas encore repéré, ni monté en épingle, mais frémissant sur une pile? Les candidats ne manquent pas et s’impatientent d’être lus, secoués avec la même énergie intellectuelle.
Jean Teulé peut-il, avec Le magasin des suicides (Julliard), dépeindre un magasin spécialisé dans les outils pour se donner la mort sans inciter au suicide? Maurice G. Dantec peut-il, avec son Théâtre des opérations, 2002-2006 (Albin Michel), mettre dans le même panier l’islam et la gauche? Antoine Bello lance-t-il une bombe en expliquant dans Les falsificateurs (Gallimard) que notre société est régie par des agents propagandistes chargés de détourner la réalité? Jacques-Pierre Amette a-t-il le droit d’imaginer ce que Voltaire glissait à ses comédiennes en répétant Le fanatisme ou Mahomet à Ferney durant l’été 1761? Lina Lachagar peut-elle écrire le vrai-faux journal de la gouvernante de Proust ? (Vous, Marcel Proust. La Différence) Le débat lancé par Arturo Perez-Reverte sera-t-il entendu, lui qui décrit dans Le peintre des batailles le désarroi d’un ancien photographe de guerre s’interrogeant sur ses responsabilités? Jacques Chessex dérange Ropraz en déterrant de vieilles affaires villageoises, a-t-il raison de le faire? De quel droit Danièle Georget s’immisce-t-elle dans la dernière scène de ménage entre Jack et Jackie Kennedy pour Goodbye Mister President (Plon)?
Allez-y. Ce sont tous des Bienveillantes. Encore merci, Jonathan.
ENCORE UN LIVRE QUE JE N’AI PAS LU… Pascal Vandenberghe, Directeur général de Payot Libraire
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Au-delà d’une simple « méthode » pour parler des livres que l’on n’a pas lus, Pierre Bayard, reprenant à son compte la formule de Freud relative aux souvenirs-écrans – souvenirs fallacieux dont la fonction est d’en dissimuler d’autres –, invente le «livre écran » et décrit la «bibliothèque intérieure » que chacun porte en lui, affirmant qu’il existe une bibliothèque collective faite de la somme de tous les livres réels et livres-écrans, lus ou non lus, constituant la littérature, le « savoir ».
Mais pourquoi lit-on? Parce que chaque lecture éveille en nous les échos d’un livre qu’il nomme le livre intérieur : ce livre que nous portons en nous sans vraiment le connaître. Ainsi, les meilleurs livres que nous rencontrons ne sont que des fragments imparfaits du livre intérieur, toujours à venir, et qui nous pousse à lire d’autres livres, nous mettant en quête de ce livre intérieur, spécifique à chacun comme l’est notre empreinte génétique. « Il faut en finir avec cette obligation de tout lire et de tout savoir, de A à Z. Obligation qui s’accompagne d’un tel sentiment d’infériorité, chez le «mauvais lecteur»,qu’elle peut tuer le désir de lire. N’avoir pas lu certains livres suscite une culpabilité inconsciente qu’une culture bien assumée permet de soulager. […] »
Comme l’y invite l’auteur, je vous ai parlé abondamment de son livre, que je n’ai pas (encore) lu. Tous les livres de notre sélection ont en revanche été lus par nos libraires, y compris celui-ci !

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